Chapitre 8: Nouvelles sensations

« Dew ?! T’es où ? »

Le petit étalon déboucha de l’angle du bâtiment en face avec un journal entre les dents.

« Là ! Chétais parchi chercher le chournal ! »

« Comment t’as fait pour l’avoir ? Je ne t’ai pas passé d’argent ? »

Le jeunot posa le journal aux sabots de sa mère avant de reprendre sa respiration ostentatoirement et de lui répondre.

« Un monsieur qui avait fini de le lire me l’a donné. »

« Ah… Tu lui as dit merci j’espère. »

« Oui, lis, c’est à propos de Swamp. »

La jument prit le journal et s’assit. En première de couverture figurait la photo de Swamp avec écrit dessous « Protecteur d’une mère, le courageux étalon Antias a abattu un changeling afin de protéger la jument. » Prixilia sourit et tourna la page, tombant sur le témoignage du vendeur de sacoches et quelque autre avec qui il s’était lié d’amitié. Ce chapitre fini, elle soupira et regarda Dew, son regard était redevenu triste et rêveur.

« Tu penses à lui maman ? »

« Je sais pas mon chéri… Tout ça est allé tellement vite… comme s’il était apparu dans notre vie pour la reconstruire… » Elle versa une larme qui n’échappa pas à son fils, « Ton père me manque… et Swamp me donne pourtant la conviction que je dois tourner la page… vivre ma vie… »

Dew vint s’assoir juste à côté de sa mère et posa sa tête sur son épaule. « Maman… papa me manque aussi… mais je sais qu’il est avec papi et mamie au ciel et qu’il ne redescendra pas… et j’ai envie d’un papa à câliner… tu crois que Swamp… ? »

« Je ne sais pas… vraiment pas mon chéri… » Elle le prit dans ses bras et lui fit un câlin. Tous deux restèrent comme ça assis pendant de longues minutes avant de rentrer, sans piper mot.

**********************************************************************************

« Allez plus qu’une. »

J’étais dans un des champs alentours de la ville. Celui où j’avais tué la changeling n’était pas loin et n’avait plus de fleurs. J’étais sorti de l’hôpital depuis environ deux jours et mon sabot ne me faisait plus du tout mal. Je tenais de mieux en mieux ma transformation sans prendre de magie. J’avais bien pris celle d’un clochard durant la nuit et si bien qu’à son réveil il pensait juste s’être endormi très vite, mais je ne sentais plus vraiment le besoin de me nourrir… mais plutôt de… rester près de Prixilia. Hier, elle m’avait pris dans ses bras sous les supplications d’un habitant de Baltimare qui voulait une photo du « Tueur de changelings », comme on me nommait, et de celle que j’avais protégée. J’avais ressenti un tel choc dans ma poitrine, plus fort que tous les autres, que je crus que mon cœur allait me lâcher. Pourtant c’était une douleur agréable et qui me faisait tourner la tête. J’avais la tête de Prixi, front a front avec la mienne. Sa crinière au parfum si singulier avait fait valser mes sens comme un coup de sabot dans un pissenlit en graine. Et comble du comble, en relevant nos têtes pour se regarder dans les yeux, toujours sous la demande du poney, nos museaux s’étaient croisés trop proches, beaucoup trop proches, me collant un frisson incompréhensible dans tout le corps. Ses yeux d’un bleu plus pur que les miens sous ma forme normale m’avaient hypnotisé et nous restâmes là pendant longtemps avant de nous rendre compte que le poney était parti.

Ce souvenir me fit lâcher un soupir et me fit sourire. Je commençais vraiment à ressentir quelque chose proche de l’amour maintenant. Et ce n’était pas prêt de s’arrêter. Avec nos deux sacoches, Prixi avait amassé assez de pièces pour racheter un petit appartement… Trois places, dans le centre-ville. J’avais bien sûr accepté sa proposition de m’installer avec eux. Ça me faisait pourtant drôle de m’imaginer vivre pour de bon avec une veuve et son fils. Surtout parce que j’étais un poney-insectoïde capable de tuer.

« Tu flânes aux corneilles ? »

Cette voix me fit sursauter. Alfonso avança dans ma direction et me fit un brohoof avant de s’asseoir et regarder la ville. Je souris et essayai de répondre, un peu pris au dépourvu.

« N-Non, j-je… euh… je réfléchissais, cette semaine a été rude… »

« Oui… Tu pensais à ma belle-sœur n’est-ce pas ? »

J’ouvris les yeux en grand et avale de travers « Humpf ! Euh… non ! Pourquoi cette… euh… idée, je pensais à… à savoir quelle… fleur j’allais ramasser. » J’avais rougi sans aucun doute, mais une chance pour moi ma transformation et son pelage noir ne laissaient rein paraître.

« Mouais c’est ça » il rit et me donna un coup de sabot dans l’épaule « T’es marrant pour un type dont on n’a aucune donné non ? »

Je le regardais, commençant à me sentir nerveux.

« Co-comment ça ? »

« Ne fais pas l’innocent Antias. Tu débarques comme ça dans la vie de ma belle-sœur, on a aucune donné te concernant on ne sait pas d’où tu viens et comment t’es arrivé ici ! »

Il avait haussé le ton et s’était levé pour me dominer de sa hauteur.

« J’ai fait des recherches figure-toi, dans toutes les villes alentour et je n’ai rien trouvé à ton sujet. C’est comme si tu étais apparu dans la ville ! » Il me dévisagea méchamment et je commençais sérieusement à paniquer. Néanmoins je fis ce que je pus pour qu’il ne le remarque rien.

« Et nous n’avons toujours aucune trace du changeling… avoue que c’est bizarre non ? »

« Attends t’insinues quoi là !!? » J’avais tourné la tête vers lui, feignant d’être totalement choqué. « J’en ai tué un changeling tu veux que je te rappelles. Ta belle-sœur aurait pu y rester si je n’étais pas intervenue ! C’était peut-être lui ton changeling ! »

Il serra les dents et détourna la tête.

« Celui que nous recherchons est un mâle, celui que t’as tué étais une femelle. »

Je le regardai et baissa le ton.

« Et alors, ça ne veut rien dire, et ce sont des accusations très graves que tu prononces là. »

Ma sacoche pas tout à fait remplie que j’avais posée devant moi me rappela ce que je devais faire. Et puis ça me donnait une excuse pour me libérer de Alfonso.

« Et je suis désolé, mais j’ai du travail, mes sacoches vont pas se remplir toutes seules. » Et je me levai pour continuer ma cueillette. Alfonso se tourna vers moi et cracha.

« Fais gaffe toi, je t’ai à l’œil, une ânerie de ta part et j’te coffre compris ?! »

Il n’attendit pas la réponse et tourna les talons pour rejoindre la ville. Je le suivais des yeux, commençant à me sentir perdu. J’aurais naturellement dû m’enfuir loin de cette ville pour me sauver, mais l’idée de quitter à tout jamais Prixi et son fils m’était insoutenable. J’avais juste à être prudent voilà tout.

Le soir arriva très vite et m’obligea à rentrer vite si je ne voulais pas me retrouver perdu sans lumière. Mes deux sacoches étaient remplies et ça me faisait sourire. J’imaginais la tête de Prixi. J’aurai sûrement le droit à un câlin comme ceux qui me font des frissons partout et peut-être des baisers. À cette pensée je sentis mon cœur s’accélérer et ma température augmenter. Des idées et sensations commencèrent à s’insinuer dans mon esprit quand j’atteignis une des premières ruelles de la ville. C’était la première fois que ce genre de pensée me venait. Je fus d’abord surpris avant de me laisser envahir par ces picotements dans le corps.

En arrivant devant l’hôtel où je savais que Prixi m’attendait, mes sensations s’accentuèrent. J’avais hâte de la voir et de la prendre dans mes pattes, elles qui avait toujours des mots doux qui me faisaient du bien et qui me donnaient vraiment le sentiment d’être aimé.

En descendant les marches qui menaient à la modeste pièce de vie, je sentis que l’atmosphère avait changé. Elle était étrange. Prixi m’attendait, couchée sur son lit à regarder le plafond. Quand elle me vit, elle se leva, un sourire aux lèvres. Elle s’était faite belle, sa crinière attachée en queue de poney à l’arrière de sa tête. Je devinais un parfum de rose et un autre dont je ne reconnaissais pas l’odeur. Elle avait collé deux lits ensemble et la pièce avait été réarrangée. La table mise sous la fine fenêtre, à côté de la commode, et le dernier lit collé au mur opposé. La petite ampoule était éteinte, remplacée par quelques bougies de ci de là.

Elle s’approcha de moi. Je lui demandai ce qui se passait, et où Dew était car en effet je ne l’avais toujours pas vu.

« Il est chez Alfonso… nous avons la nuit tranquille », me dit-elle la voix mielleuse avec une pointe de sensualité.

Et sans me laisser le temps de répondre elle se rapprocha encore, me donnant des frissons. Son museau à moins d’un crin de crinière du mien, elle avait plongé son regard dans le mien. J’avais le souffle coupé mais réussit à placer un « Comment ç-ça la nuit tranquille ? »

Elle sourit et posa ses lèvres sur les miennes. Un déluge de sensations et d’émotions se bousculèrent alors dans ma tête. Ses lèvres avaient un goût sucré agréable et je mis quelques secondes avant de lui rendre. Je fermai les yeux pour capter ce moment encore plus intensément.

Je ne comprenais pas très bien ce qui m’arrivait, mais je n’allais pas tarder à le savoir…

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