Chapitre 5: Une famille détruite

« P-Pardon ? tu peux répéter ? »

« Oui, être mon nouveau papa », dit-il en souriant, ma maman se sent seul depuis qu’il est parti voir les étoiles et comme t’es gentil bah ma maman va t’aimer et comme ça tu sera mon papa et… »

« Wowowowowow ! Calmos mon grand… euh… c’est très beau ton histoire mais je peux pas être ton papa je suis un chan… »

Je posai mes sabots sur mon museau et regardai autour de moi, par chance personne n’avait entendu la demi-révélation. Il avait réussi à tellement me déstabiliser que j’avais failli lui dire qui j’étais. Je secouai ma tête et le regardai de nouveau. Il avait penché la tête de coté, intrigué par ma réaction puis je le vis s’asseoir et baisser les yeux dans un petit « Oh… » attristé.

« Ça y est, je vais avoir des remords maintenant, une fois de plus », pensai-je en le regardant pleurer, car c’était en effet ce qu’il était en train de faire. Je l’invitai à s’asseoir près de moi et posai mon sabot sur son épaule. Même si je ne ressentais aucune émotion telle que l’affection ou l’amour, j’éprouvais quand même la compassion et plein d’autres sentiments. Il sécha ses larmes avec son sabot et me dit sans me regarder.

« M-Mais… t’avais l’air tellement gentil tout a l’heure… et j’en ai marre de voir ma maman pleurer tout le temps ç-ça me fait du mal là » Il pointa son cœur du sabot.

Je ne savais pas quoi faire. Je n’avais jamais réconforté quelqu’un et encore moins un poulain de neuf ans de moins que moi. Je passai pourtant mon sabot autour de son cou comme j’avais vu faire tant de pères dans les quelques villes que j’avais déjà vues avant mon atterrissage ici. Il arrêta de sangloter et me fit une étreinte agréable autour du ventre. Je ressentis une décharge dans le cœur à ce moment, la première que je recevais depuis quelques lunes. Je le serai un peu plus fort et lui dis tout doux, oubliant un instant que j’étais une créature repoussante pour un grand nombre de personnes et que j’avais déjà ôté la vie.

« Tu sais mon grand… la vie n’est pas aussi rose que l’on peut l’imaginer à ton âge. Il se passera des choses pires si tu n’aides pas plutôt ta maman à surmonter cette épreuve… » J’avais bien sûr compris que le père avait dû mourir il y a quelques temps. Il me regarda sans lâcher son accroche avant de se remettre à sangloter de plus belle. Il disait avec des soubresauts dû à son chagrin que son papa l’appelait souvent « mon grand » aussi. Je pris cette révélation comme une baffe. Quel con, j’aurais dû faire plus attention en parlant. Maintenant il allait sans doute pleurer pendant encore longtemps. Une voix attira cependant mon attention. Une jument s’était approchée, le visage entre le chagrin et la peur.

« D-Dew… ? Qui est ce monsieur ? »

Je sursautai mais ne pus me relever à cause du gamin. Je la regardai et fit signe de la tête si elle pouvait le reprendre. Elle acquiesça, méfiante et apeurée.

« Pardonnez-moi madame mais… Euh… votre fils m’a… »

« Maman ! Maman ! Regarde ce qu’il ma donné le monsieur regarde c’est pour toi c’est pour tes fleurs regarde maman regarde ! »

Elle sourit à son fils avant de le mettre derrière ses pattes arrière et de me dévisager. À ses yeux je compris qu’elle ne semblait pas du tout apprécier le fait qu’un étalon comme moi fasse des câlins à son fils. Les poches sous ses yeux démontraient aussi à quel point elle était fatiguée. C’était pourtant une jolie jument aux lignes bien dessinées et aux yeux magnifiquement bleus. Sa robe marron clair adoucissait le marron foncé presque noir de son crin. Elle était très agréable à regarder. Mais ne pouvant toujours pas ressentir d’amour, je la fixais juste avec compréhension.

« Madame, votre fils vous a dit la vérité. On était au stand de vente de Sacoche tous les deux, je lui ai donné la mienne parce qu’il ne pouvait pas s’en payer une. Et puis il m’a suivi et m’a… euh… » Le regard de la jument avait changé mais resté sur la défensive, ce qui eut pour effet de me déstabiliser. Mais avant que je ne puisse continuer, le jeune fils lança :

« Maman je lui ai demandé s’il voulait devenir mon papa tu dis oui hein ? » fit-il en faisant des yeux mielleux.

Sa mère ouvrit de grands yeux embarrassés et se tourna vers son fils, elle semblait indignée.

« Dew mais ça va pas la tête ! Ça se fait pas de demander ça à un inconnu ! »

« Mais maman, c’est mon ami, et tu serais tellement heureuse avec quelqu’un de gentil comme lui. »

Son… ami ? J’étais son ami ? Alors que je venais de le rencontrer ? Non… il ne devait pas peser le poids qu’un tel titre faisait porter à celui à qui il était donné. Ça devait être ça. Décidément cette journée était de plus en plus étrange. Sa mère me coupa dans mes pensées.

« P-Pardonnez-le, son père est parti il n’y a que quelques semaines et il n’est pas encore habitué… »

Je me sentais mal pour elle. Puis une phrase sortit avant même que je puisse la retenir.

« De quoi est mort votre mari ? » Trop tard, je la voyais changer à nouveau d’expression et en prendre une chagrinée. Le museau baissé et les yeux fermés, elle dit entre ses dents serrées.

« À Canterlot… Lors de l’invasion changeline… » Non… ce n’est pas vrai… Mon sang me claqua dans les oreilles et je vacillai. Elle ne releva pourtant pas la tête et continua. « … Il était parti en mission là-bas après que toutes les forces de l’ordre ont été appelées. Il était flic… et quand le commissariat a été attaqué, comme toute la ville, il a… » Elle se mit à verser de grosses larmes que je comprenais impossible a retenir. « Il a été assassiné d’un coup de crocs à la gorge… »

Elle s’était assise et pleurait le museau dans les pattes. Dew la suppliait, les larmes aux yeux, d’arrêter de pleurer. Je n’avais pas bougé, pétrifié par ce nouveau témoignage de la violence de notre espèce. Mais cette fois je ne rageai pas et m’approchai, le cœur à l’envers dans ma poitrine. Je posai mon sabot sur son épale et mon museau sur sa crinière qui sentait le tilleul avec une touche de girofle. Je fermai les yeux et lui parlai tendrement, la voix étranglée par mon envie de me jeter dans un précipice. J’étais un de ceux qui avaient tué son mari et je n’arrivai pas à l’admettre pour autant.

« M-Madame… S’il vous plaît séchez vos larmes… je vais vous reconduire chez vous, où habitez-vous… »

Elle se leva difficilement, décoiffée avec encore des larmes sur la joue. Je tins sa patte autour de mon cou pour ne pas qu’elle trébuche et avança là où elle me désignait. Dans ma tête, ça faisait carnage. Un côté de mon cerveau me disait de ne pas aller plus loin, car je m’enfonçait trop dans une histoire qui ne me concernait pas. L’autre me disait de les aider à se reconstruire après ce que « MON » espèce leur avait fait. Mais avant que je me décide vraiment, nous étions arrivés.

C’était une masure ressemblant à un hôtel assez délabré, dans un quartier insalubre. En entrant, elle me désigna un petit escalier qui, je suppose, descendait à la cave. Mais en y descendant, c’était une charmante petite pièce où le Soleil rentrait par un interstice grand comme ma corne et longue comme ma queue. Ça devait être au niveau des caniveaux vu la hauteur des pas des gens qui passaient au-dessus. L’ambiance n’en était pas moins agréable et la pièce était assez grande, en tout cas assez grande pour faire tenir trois lits, une table en… chêne si je reconnaissais bien le bois, quatre chaises autour et une commode avec six tiroirs. En chêne aussi.

Je la lâchai au-dessus de son lit. Elle s’y écroula en me demandant pardon pour ce qu’elle m’avait demandé de faire et se remit à sangloter. Je n’avais encore pas vu sa Cutie Mark jusque-là. En la regardant, je remarquai ce qui semblait être un nuage de pluie avec un parapluie dessous. Elle devait être météorologue ou quelque chose comme ça. Son fils s’était assis sur une chaise et me fixait, les yeux vides et les larmes aux coins de ces derniers. Il me marmonna quelque chose entre ses sabots que j’eus du mal à comprendre. Puis je me dis que je devrais peut-être les laisser tous les deux. Je ne pouvais pas vraiment faire grand-chose. Surtout que ma magie s’épuisait et je risquais de perdre cette forme sous peu. Mais en me dirigeant vers la sortie, la mère me retint en me suppliant de rester un peu, sous prétexte qu’elle me devait bien ça après ce qu’elle m’avait fait faire. Je serrai les dents. Si je restais plus longtemps elle verrait qui je suis. Elle alerterait le centre-ville que je suis dans les périphéries et ils viendraient me chercher.

Cette idée me fit frissonner si fort que je crus que j’allais tomber. Elle posa un regard suppliant sur moi et mon cœur se retourna de nouveau. On ne m’avait jamais fait un tel regard et j’étais capable de compter mes battements de cœur tellement ils résonnaient fort dans mes oreilles.

« Je… Je ne suis pas celui que mon apparence laisse penser madame… je ne peux pas rester… je… » Je me sentais mal et ne savais pas quoi inventer pour lui répondre. Puis je soupirai et m’asseyai à même le sol. « … Je suis recherché madame… je ne suis pas celui que votre fils croit que je suis… en restant ici je vous mets en danger vous et lui… »

Son regard était devenue chancelant et montrer qu’elle ne comprenait pas tout. Puis elle répéta de façon triste « pas celui…que votre apparence laisse penser ». Elle ouvrit soudain les yeux en grand et s’assit lentement en appelant son fils dans ses bras. Elle avait sans doute compris. Je lui fit signe de la tête que oui et elle failli crié.

« Je suis ce à quoi vous pensé madame… » Et comme un coup du sort, ma magie s’épuisa et je perdis mon aspect poney terrestre, redevenant un changeling. Je ne m’étais pas levé, je n’osais même plus la regarder. J’ÉTAIS un de ceux qui avaient tué son mari…

Elle se figea ainsi que le petit. Elle bégaya quelque chose et enserra son fils entre ses pattes, le regard perdu et apeuré.

« A-Alors c’est vous celui qui avez… fait ça hier et qui êtes passé à la radio… ? » Ma tête hocha un « oui » mais je ne bougeai toujours pas. Elle loupa une respiration et demanda, terrifiée « Q-Qu-Qu’est-ce que vous allez nous faire… ? »

« R-Rien madame… Je n’ai aucune raison de vous faire du mal vous et votre enfant. Je… » Ma crinière me tomba devant la tête cachant mon visage « … Je suis désolé pour ce que mon espèce a fait à votre famille… si je pouvais le réparer je le ferais… »

J’entendis le petit demander « maman ? » Mais ne releva pas la tête. Je ne le fis que quand je sentis une étrange odeur de tilleul et de clous de girofle. La mère se tenait devant moi. Son regard apeuré était toujours présent mais une autre chose en plus. Cette autre chose, je la sentis dans le sabot que je me pris dans la face. C’était de la rage pure. J’en perdis une seconde le fil, assommé par le choc avant de me relever, tenant ma joue. La mère n’avait pas bougé, son sabot derrière son autre patte, montrant la courbe qu’avait effectué son coup.

« Pour-pourquoi tant de mal… » me demanda-t-elle. « Pourquoi faites-vous autant de mal… pou… pourquoi… » Je la regardai dans les yeux pour lui répondre mais elle avait baissé la tête et s’était écroulée, de nouveau en train de pleurer.

Je n’avais aucune envie de me venger de ce coup. Au contraire, ça m’avait remis les idées en place. Le petit n’avait pas bougé et regardait sa mère, terrorisé par mon apparence. Ça me fit grimacer. À ce moment précis j’avais envie de disparaître à tout jamais.

« Si seulement je pouvais… »

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