Chapitre 4: Journal et voleur

La nuit était passée sans souci apparent. Même si le centre-ville grouillait de vie autant la nuit que le jour, les périphéries étaient plutôt calmes et suaves. Je pus donc les traverser sans problème, J’avais réussi par la même occasion à prendre de la magie sur quelques poneys endormis dans la rue, j’en avais assez pour une petite journée, en étant transformé.

Au loin, je commençais à voir les abords de la ville et soupirai. Au moins je n’aurais plus à devoir me cacher.

La sirène d’alarme avait retenti toute la nuit mettant la ville sur les nerfs. Et tout ça à cause de moi… La lune déclinante m’indiqua que le jour approchait. Je repris donc l’apparence que j’avais prise en réussissant à semer les gardes. Un jeune poney terrestre aux allures de macho et au pelage aussi noir que le jais. Ma crinière d’habitude verte ou bleue selon les rayons du soleil qui jouaient dessus, était devenue d’un blanc éclatant avec les pointes grisant jusqu’au noir. Mes prunelles étaient… vertes à en juger par les reflets qu’elles faisaient dans les vitrines. Ma Cutie Mark était un nunchaku marron aux embouts métalliques. Je ne pouvais plus porter mon petit citron puisque celui qui avait tué le médecin la possédait déjà. Je grimaçai à ce souvenir… comme celui des gardes.

Un cri me fit sortir de ma rêverie. Un petit poulain vendeur de journaux appelait qui voulait bien lui en acheter. Je n’avais pas d’argent et la lecture ne m’intéressait pas. Néanmoins, juste avant que je le dépasse, il cria « Mort de trois poneys hier !! Un médecin et deux gardes royaux !! Un pégase et un changeling en cavale !! »

Je m’arrêtai alors et ouvris les yeux sans vraiment le regarder. Je n’avais tué que deux personnes, et par accident qui plus est, pas trois !

Un de ces journaux qui avait sûrement été jeté vola devant moi. Je le rattrapai sans peine et m’empressai de voir ce qui y figurait. Mon sang ne fit qu’un tour quand je trouvai la page des témoignages concernant le combat et le médecin.

Il y figurait celui de la secrétaire : « Quand j’ai entendu des bruits de lutte, raconte Madame Genem, secrétaire du médecin décédé, je suis descendue en vitesse. Un pégase mauve avec une Cutie Mark de citron était penché sur lui. Un filet de sang coulait de la bouche de mon patron et avant que j’appelle plus à l’aide que mon cri ne l’avait déjà fait, il avait sauté par la fenêtre. Il était complètement fou ! Il avait battu de sa seule aile et réussit à galoper loin de ma vue. Mes voisins ont eu le réflexe de le prendre en photo et elle tourne déjà sur InstaHoof et Saboface. J’espère que ce crime sera puni… mon patron était quelqu’un de doux et d’attentionné… »

« Et qui n’hésite pas à te voler dans ton dos saleté ! »

Je pestiférai et continuai la lecture. J’en avais profité pour me mettre sur un banc. Les gens autour de moi s’étaient écartés quand j’avais crié mais sans réellement me porter attention.

« Le soldat Firebroken, garde royal depuis deux ans avec son ami d’enfance, Traxt Hoofen, décédé lors de l’attaque d’un changeling dans la deuxième avenue, témoigne, attristé : « Nous étions à la poursuite d’un pégase mauve quand un de mes camarades m’avait prévenu qu’un changeling était en train de se battre non loin. Je me résignai à contre-cœur d’abandonner l’assassin du docteur et me lançai à leur aide. Certain que mes collègues étaient à terre et d’autres au combat. Je pris la respiration et le pouls de tous. Aucun n’avait perdu la vie à ce moment-là… Je suis allé mettre mes camarades inconscients à l’abri. Puis me lançai à l’assaut de la créature. Mon ami en avait fait de même et nous espérions le maîtriser à nous deux… Seulement il envoya ses sabots dans la mâchoire de notre lieutenant, le tuant sur le coup par brisement de l’os tenant le crâne. Il profita de ce moment pour sauter sur mon ami qui était passé devant et… » Firebroken mit quelque temps à nous rajouter ce détail, choqué et terriblement attristé « … il a planté ses crocs dans le cou de mon ami, touchant le début de la colonne vertébrale et lui touchant la moelle épinière et le tuant sur le coup… Si vous avez une seconde, j’ai un message pour ce changeling », nous lui laissâmes alors le droit de rédiger sans nous ce court passage. « … Saleté de changeling, tu m’as pris mon ami, tu m’as pris la seule personne qui comptait pour moi à la caserne… je sais que tu liras cet article… Je te promets que si je te retrouve… Je te tue de mes propres sabots !! » Nous remercions ainsi Firebroken de son témoignage. Du coté des forces de l’ordre, les recherches des deux meurtriers d’aujourd’hui continuent, le feu dans l’âme. Ainsi s’achève notre… »

J’eus un haut-le-cœur et faillis vomir. Je me sentais trop mal. J’avais fait tellement de mal sans le vouloir… Une de mes larmes coula sans pour autant que je ne sente le besoin de pleurer. Je la séchai de rage et chiffonnai le journal. Puis je soufflai et le rouvrit. À la dernière page apparaissait ma photo sous la forme du pégase et plusieurs autres sous ma forme normale. J’arrachai la photo de ma forme pégase et la tint entre mes dents le temps que je trouve quelque chose où la ranger sur moi.

Ce ne fut pas long. En avançant, une petite échoppe à toi ouvert vendait des sacoches à flancs standards en cuir. J’avais déjà vu beaucoup de poneys avec ce genre d’accoutrement. Je fis semblant de passer comme si de rien n’était et quand le vendeur tourna le dos, j’en pris un au hasard et, après avoir vérifié à droite et à gauche si personne ne regardait, le retirai délicatement et le posai sur mon flanc et l’attachai… pile à temps avant que le vendeur se retourne. Je fis alors semblant d’inspecter son attirail. Il me sourit puis me demanda ce qui pouvait bien m’intéresser sachant que j’avais déjà une sacoche.

« Je venais les regarder de plus près, elles sont jolies j’aime bien les styles « rétro ». »

Il me sourit et retourna le dos affairé à quelques autres affaires. J’étais content de moi en repartant. Je venais d’utiliser un mot que j’avais déjà entendu dans des conversations et que je n’avais réussi à caler dans une conversation. Soudain derrière moi le vendeur hurla à gorge rompue : « Au voleur !!!! »

Ça me glaça le sang. Comment il savait ? Lui qui avait l’air si gentil il y a une seconde ?! Je me retournai et vit un poulain d’une dizaine d’années environ qui avait piqué une des sacoches entre ses dents et qui courait comme s’il avait Tartarus à ses trousses. Je soupirai de soulagement puis fis un regard au vendeur qui semblait tout triste mais pas en colère. Je suppose qu’il devait les faire à la patte, c’est pour ça qu’elle me semblait rétro. Je lui fis signe et courus derrière le poulain.

Ce ne fut pas long à le rattraper puis le ramener entre mes dents devant le vendeur. Non sans mal. Quand il vit le poulain rosir de peur et de honte il se pencha et sourit. Le petit bégaya, aussi surpris que moi, qui pensait qu’il prendrait une rouste par le vieil homme. « Pa-par-pardon monsieur c’était pour ma maman… o-on n’a pas assez d’argent pour vous payer et si elle veut ramener plus de fleurs pour avoir un peu plus d’argent ça serait bien… »

Je compris que ça devait être le fils d’une des nombreuses vendeuses de fleurs que j’avais croisées. Le vieux sourit encore plus et me regarda. Je soupirai et donnai ma sacoche au jeunot, autant par pitié que par le fait que je ne voulais surtout pas le voir pleurer. J’aurai des remords après. Le jeune étalon me regarda, tellement étonné qu’il ne pouvait pas parler. Puis quand il put, il ne bredouilla qu’un « m-me-merci monsieur… m-mais je n’ai pas d’argent… »

Je lui donnai quand même lui disant que je m’en fichai. Le vieux vendeur n’avait rien dit depuis le début. Mais quand il se rattrapa, c’était pour m’offrir un sac. Je ne voulais pas bien sûr, sachant que j’avais volé l’autre. Mais il insista tant et si bien que je ne pus pas résister.

Plus tard, MA sacoche, dorénavant, tapant sur mon flanc dans un petit bruit satisfaisant, je remarquai que le jeunot m’avais suivi depuis le début, soit au moins une bonne dizaine de minutes.

Je me tournai vers lui et le regardai, totalement pris au dépourvu.

« Mais… mais qu’est-ce que tu fais là ? »

Ce n’est pas que ça me dérangeait, mais je ne comprenais pas ce qu’il faisait là. C’est alors qu’il me posa la question la plus bizarre du monde à mes yeux :

« Tu veux être mon papa ? »

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