Chapitre 11: Aveux [Partie 1]

« Tu vas faire quoi ?! »

« Je dois le faire, sinon je l’aurai à jamais sur la conscience… »

« Mais ils vont te tuer je t’en supplie fais pas ça… »

J’étais sur le point de sortir de la pièce de vie. Prixilia m’avait attrapé au cou et ne me lâchait plus, les larmes aux yeux. Trois semaines avaient passé depuis l’engueulade avec Alfonso. Dew était à l’école grâce à l’argent que Prixi et moi gagnons à la vente de fleurs. La semaine dernière, j’avais rêvé du combat qui m’avait confronté aux gardes. J’avais revu la mort du garde sous mes crocs. Cette vision m’avait hanté toute la semaine et j’avais décidé d’un truc insensé…

« Je dois aller lui demander pardon, je ne pourrai pas vivre avec ça en tête… »

La jument l’avait fait taire avec un baiser. Elle se retira et reprit son étreinte.

« Par Célestia je t’en supplie ne fais pas cette erreur… tu te feras tuer directement et je ne survivrai pas à ta perte à toi aussi… pitié… »

Ses yeux plein de larmes me firent douloureusement mal au cœur. Je posai mon front sur le sien et fermai les yeux.

« Prixi… ma Prixi je t’en supplie écoute-moi… »

« Mais… »

« Écoute-moi…je ne pourrai pas profiter de notre nouvelle vie ensemble si j’ai ça avec moi… je porte en horreur ce que j’ai fait… »

Je la serrai encore plus fort contre moi. Je sentais nos deux cœurs battre à tout rompre de peur.

« Je suis terrifié aussi à l’idée de ce qui pourrait se passer mais… je ne peux pas… vivre avec ça… »

Elle releva sa tête, dévoilant ses yeux plein de larmes et de peur. Je lui embrassai son museau et lui promis qu’il ne m’arrivera rien.

« Je t’aime Prixi… ça me donnera la force de faire ce que j’ai à faire… mais en attendant j’ai besoin de ton soutien pour le faire… »

Elle renifla et sécha ses larmes. Puis, les yeux gonflés par les larmes, elle hocha de la tête.

« Je reviens dès ce soir. C’est promis. Je ne te laisserai jamais tomber… »

Elle acquiesça de nouveau, comprenant que ma décision était définitivement prise. Nous restâmes là à nous enlacer encore quelque temps avant que je ne doive la lâcher à contre-cœur.

Elle ne dit rien et me regarda me transformer en licorne beige au crin kaki. Puis, l’embrassant une dernière fois, je sortis de la maison et pris la direction de la caserne.

Sur le chemin, tout un tas de possibilités et de questions se chamboulaient. Comment infiltrer la caserne. Comment retrouver le garde, comment savoir quoi dire, comment le convaincre que je n’avais pas fait ça intentionnellement, comment le convaincre que j’avais changé.

J’optai finalement pour la solution de facilité. Il fallait que je neutralise un garde.

« Sans le tuer », rajoutai-je. Il fallait que je lui pique son identité le temps que je trouve l’autre garde et que j’arrive à lui parler, en lui expliquant ce qui se passait. Et il fallait que je ressorte. Tout ça avant que le garde ne se réveille de son état assommé.

Une boule se forma dans mon estomac. Ça allait être serré. Et il fallait que je me dépêche.

La caserne se profila au loin alors que j’approchais du centre-ville. C’était une grande tour pleine de bureaux, qui avait été perquisitionnée pour l’alerte changeling. Des gardes pégases royaux tournaient autour du plus haut bureau, comme pour protéger quelqu’un, ou surveiller toute la ville.

J’avançai prudemment et commençai la recherche. Ce ne fut pas long à trouver quelqu’un qui ferait l’affaire. Même plus que ça. Un officier supérieur, à en juger par les galons et les médailles qu’il portait, était assis, entouré de gardes. Il semblait commander ce petit groupe d’hommes. Chose étonnante et encore plus opportuniste pour moi, il lui manquait une aile. Bon pas la bonne aile, mais personne ne le remarquerait. Il fallait que je fasse diversion. Mais comment. En fait ce ne fut pas long. Un cri retentit du coin de la rue et les gardes s’y précipitèrent, laissant leur supérieur seul, pour une raison qui m’échappe. Ce dernier se leva et prit la direction opposée puis prit la ruelle. Je ne comprenais pas bien son manège mais bon, ça allait me faciliter la tâche. Je vérifiai à gauche, à droite, puis le suivit. Quand nous fûmes à bonne distance de la rue principale je l’appelai doucement, me faisant passer pour un garde. Il se retourna et son front vint pile poil toucher ma corne. Il s’écroula alors sous mon sort d’extraction d’amour. J’en pris sans en vouloir, étant donné que j’en recevais assez comme ça de Prixi. J’avais même appris à détester ça. Je pris son apparence. Un garde jaune pâle à la crinière bleue et un bouclier surmonté d’un soleil à demi-éclairé sur la croupe puis revêtit son armure et ses galons. Cette étrange accoutrement me donna une confiance nouvelle qui m’assurait une réussite absolue sur mon projet. Je cachai le garde assommé dans la position la plus à l’aise possible pour lui avant de le recouvrir de carton. En ressortant de la ruelle, je fus directement entouré par des gardes qui semblaient soulagés, les yeux dévoilant leur peur.

« Mon colonel, vous nous avez fait une de ces peurs, nous ne savions pas où vous étiez ! »

Je restai stoïque comme je l’avais vu faire tant de gardes.

« J’étais allé… j’avais entendu un bruit suspect dans la ruelle je suis allé voir ce qui se passait mais rien n’avait sembler être de mauvaise nature. »

Un des gardes, celui que je devinais le plus vieux, hocha la tête avant de se remettre droit.

« Devons-nous reprendre l’exercice de patience que vous nous aviez demandé ? »

Je devinai que le fait qu’il attendait comme ça dans rue devait être un exercice. Je jetai un rapide coup d’œil à l’heure galons. Il s’agissait toutes de recrues toutes neuves et elles semblaient un peu perdues.

« Non, c’est fini pour aujourd’hui. »

Je m’attendais à ce qu’il trouve cela bizarre, mais ils prenaient tellement à cœur le fait de ne pas contredire un supérieur qu’ils me saluèrent et partirent faire une ronde, je présume. N’empêche, la voie était libre. Je me remémorai le nom du soldat tout en entrant dans le bâtiment. À l’accueil un garde surveillait l’entrée de l’ascenseur. Je m’approchai et le vit se remettre bien droit et me faire le salut militaire.

« Repos soldat, m’amusai-je à lui dire sans toutefois sourire, je voudrais savoir dans quelle chambre se trouve le soldat Firebroken ? »

« Vous ne vous souvenez plus mon colonel ? Vous lui avez rendu visite hier ? »

Je fus pris au dépourvus mais répondis, toujours stoïque.

« Certes, mais je ne m’en rappelle plus. Je crois que c’était étage 17 non ? »

J’inventais bien sûr complètement, mais l’acquiescement du soldat faillit me faire sourire d’étonnement.

« Oui mon colonel, étage 17 chambre 25, code 1507. »

« Merci soldat. »

Je pris l’ascenseur après avoir appris que le code était en fait la date de mort du meilleur ami du soldat. J’aurais préféré ne jamais avoir posé la question… Dans l’ascenseur, une petite musique agréable me suivit jusqu’à l’étage indiqué. Elle me fit presque oublier que j’étais infiltré. En sortant de la cabine, je croisais des soldats assignés à leur chambre sans doute ayant fini leur journée. Ils me saluèrent honorifiquement avant de rentrer dans leurs espaces de vie.

J’atteignis enfin la chambre 25, à environ la moitié du couloir. « Il doit y avoir au moins plusieurs dizaines de gardes », pensai-je.

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« Tu ne trouves pas que le colonel avait l’air étrange ? On aurait dit qu’il n’était pas dans son assiette », demanda Hostix.

« Si, mais tu sais je ne mate pas trop les réactions de mes supérieurs tu sais alors… » répondit Flipper.

« Oui mais là quand même, on est juste partis voir d’où provenais le cri et là, en revenant, on se retrouve avec un colonel bizarre, revenant d’une ruelle glauque. Tu ne trouves pas ça étrange toi ? »

« Hehe ! Qui sait, il était peut-être tombé sur une jolie p’tite jument dans la rue si tu vois ce que je veux dire », gloussa Flipper en donnant un coup de coude dans la patte avant de son camarade.

« Ouais t’as peut-être raison. N’empêche que grâce à lui, on a eu notre congé plus tôt. Et ça c’est cool »

« Absolument », dit-il en donnant une poignée de sabot à son collègue, « Si sa peut te rassurer on va garder un œil sur lui durant nos entrainements d’accord ? »

« Oui, mais pas un mot aux autres ! S’il apprends qu’on complote pour espionner un supérieur on risque de manger cher. »

« Ok ! »

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« Entrez ! »

Je venais de taper le code et la porte avait émis un petit Bip Bip comme pour prévenir l’occupant de la pièce. Je tournai alors la poignée et entrai. Firebroken attendait étendu sur le dos sur son lit, le sabot avant en l’air comme pour dessiner quelque chose, les ailes déployées. Quand il vit qui j’étais, enfin la forme que j’avais, il se releva en grimaçant mais fit cependant le salut militaire de façon robotique.

« Repos soldat, je viens voir comment vous allez », lui dis-je en fermant la porte du sabot arrière. Cette dernière émit un clic significatif avant de faire un bruit de serrure qui se ferme.

« Je ne m’habituerai jamais à ce bruit… » avoua Firebroken.

C’était un pégase à la crinière bleu foncé et la queue bleu clair sur une robe blanche et des yeux blanc cassé. Sa marque de beauté montrait un éclair traversant de part en part un bouclier avec les armoiries de la princesse Célestia. Il me dévisagea un instant avant de soupirer.

« Pourquoi revenez-vous voir le lendemain de votre visite… ? Je vous ai déjà dit en détail sur ce qui s’était passé le mois dernier contre le changeling… »

Je feignis de m’en souvenir pour ne pas me trahir.

« Il fallait que je vous parle de quelque chose… de très important. » Ses oreilles tressaillirent et il me regarda sans trop me lorgner par respect. « Mais avant j’ai besoin que vous juriez de ne pas quitter la salle avant la fin de la discussion. »

Il semblait étonné puis posa son sabot sur son cœur et l’envoya loin devant lui comme le voulait la procédure. « Je le jure ! »

« Vous devez aussi jurer de m’écouter jusqu’au bout sans me couper. »

« Je le jure. »

« Et jurez-vous devant votre promesse de toujours servir la princesse Célestia que malgré ce qui pourrait se passer vous ne ferez rien qui puisse mettre en péril cet entretien ! »

Il hésita un instant. Son regard exprima l’inquiétude qu’il ressentait. Puis…

« Je le jure… Devant ma promesse à notre maîtresse Célestia… »

« Bien… asseyez-vous et fermez les rideaux, et souvenez-vous de votre promesse. »

« Oui » Il s’assit donc après s’être exécuté et me regarda intensément, son cœur s’entendant jusque là grâce à l’insonorité architecturale de la pièce, idéal pour parler sans être espionner.

Je m’assis et fit briller mon crâne. Il ouvrit grand ses yeux quand mon flash l’aveugla un instant. En quelques secondes, j’étais sous ma forme changeline. Je l’entendis alors avaler de travers avant de manquer une respiration. En rouvrant les yeux, je vis qu’il avait reculé de son lit, prêt à crier. Je le stoppai alors sans bouger de ma place.

« Non ! Tu as juré ! »

Je l’entendis pester.

« Non pas à toi, au Général ! À l’…. »

« Stop ! Pas au colonel mais devant Célestia rappelle-toi ! » Il se stoppa et serra les dents, j’avais raison et il le savait.

« Saloperie, tu m’as eu… »

« Je te demande pardon… » Il ouvrit ses yeux en grand et en laissa tomber son casque qu’il avait ramassé quelques secondes auparavant.

« Qu-qu’as-tu dit ?… »

« Je te demande pardon… pour ton ami… »

Il s’écroula au sol devant son lit et me regarda stupéfait. Toute la haine qu’il venait d’avoir au préalable avait disparu. Je sentais qu’il avait envie de pleurer mais il se retenait par fierté.

« C-Comment un vérole comme toi peux me demander p-pardon après ce que tu as fait… »

Je ne répondis pas directement à sa question mais baissai la tête. Je versai une larme, la première qu’il avait sans doute vue de sa vie pour quelqu’un de mon espèce.

« J’ai commis des actes horribles et je viens demander pardon pour ce que j’ai fait… »

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« T’as pas envie d’aller jeter un coup d’œil dans la ruelle où il était allé ? »

« Qui ? »

« Bah le colonel, ça va peut-être nous éclaircir un peu sur le sujet. »

« Si tu veux, on est pas d’obligation de ronde aujourd’hui, ça peut valoir le coup. »

Les deux pégases en armure prirent la direction de la rue principale et arrivèrent en vue de la ruelle. Ils y entrèrent et allèrent jusqu’au bout sans trop voir autre chose que des poubelles.

« Beurk ! Il était venu là pour pisser c’était plus probable. Ça pu la mort cette en… »

« Chut ! Écoute ! » fit Flipper.

« Hein ? »

« Écoute ! » lui répéta-t-il.

Dans un coin, ils entendirent quelqu’un ronfler. Ils s’approchèrent et ne trouvèrent que des cartons. Mais le bruit indiqua dessous. Ils en soulevèrent quelques-uns et regardèrent dessous. Hostix faillit crier de stupeur.

« L-L-L-Le Colonel ! Putain mais qu’est-ce qu’il fout là ?! »

« Je ne sais pas, je le croyais rentré à la caserne. »

« Attends s’il est rentré et qu’il est là ça veut dire que… »

« Par Célestia ! »

« Il faut rentrer prévenir tout le monde au plus vite ! »

À suivre…

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