Chapitre 1: Le réveil

Le sol se rapprochait irrésistiblement de moi, au loin, une voix féminine cria mon nom mais elle disparut rapidement dans un brouillard qui me semblait aussi dense que la boue. Du sang perlait de mon crâne et s’envola vers le haut par ma vitesse de chute. Je ne savais pas si j’étais déjà vivant ou mort, mais ma tête me faisait tellement souffrir que j’en avais perdu presque connaissance. Il m’en restait néanmoins assez pour voir le sol plonger sur moi. Je fermai alors les yeux, incapable de bouger et attendis la mort, comme si souvent auparavant. Auparavant…

Je me réveillai en sursaut, sous moi, une flaque nauséabonde m’indiquant où j’avais atterri m’éclaboussa le museau quand je claquai mon sabot dedans de peur. Puis, instinctivement, le porta à mon crâne, avant de soupirer de soulagement.

« Ouf… ce n’était qu’un rêve… »

J’ouvris un peu mes yeux d’un bleu ciel uni et regardai autour de moi sans lâcher ma tête. Avant que je ne puisse voir quelque chose, ma crinière trempée me tomba sur les yeux, me rappelant que j’étais différent de ceux de mon espèce. Je la poussai délicatement trop fatigué pour m’énerver contre cette source à problème constant. Puis regardai de nouveau. Tous les arbres autour de moi me paraissaient familiers. Mais je savais que c’était trompeur de se fier à ça. Aucun marais n’était différent d’un autre.

En me relevant je reçus une fulgurante douleur dans mon sabot gauche. Je le relevai, grimaçant et remarquai une grosse fissure dedans qui saignait beaucoup. Quelque chose avais réussi à casser ma carapace de Chistria. Ça me colla un froid. Je n’avais pas vu de sang depuis… je dirais la mort d’un de mes camarade par une hydre. Et savoir que celui-là était le mien me donna un spasme effrayant. Je voulus crier à l’aide mais rebutai cette idée dans mon esprit. Manquerait plus que j’attire l’attention et c’en était fait de moi.

Je réfléchis en vitesse, testai un de mes deux seuls sorts et compris que je ne pourrai pas compter sur la magie pour m’aider.

« Putain j’avais pas besoin de ça », me dis-je en grinçant les dents puis en regardant autour de moi, pour de bon cette fois.

Le Soleil était caché derrière un gros nuage blanc et semblait ensoleiller tout sauf ce foutu marais. Je refis une autre grimace sentant le froid mordant m’agressait le dos.

« Mon dos !! »

Je tournai rapidement la tête de terreur. Passe encore que sa patte soit cassée elle guérira, mais une aile arrachée ou cassée ne guérit jamais. Mon sang ne fit qu’un tour en découvrant qu’il en manquait une.

Je restai dans cette position pendant de longues minutes à me sentir défaillir. Puis petit à petit, m’asseyant, je prononçai de façon imperceptible, puis de plus en plus fort.

« N-Non… c’est impossible… non… p-par pitié tout mais pas ça… je t’en supplie Oak réveille-moi ! »

Je me relevai alors de colère les yeux bleu foncé et frappai dans un arbre proche avec un sabot sans me soucier duquel. Les larmes de douleur commencèrent à monter et embuer mes yeux terrifiés et colériques. Une autre caractéristique de ma différence. En effet les changelings ne sont pas censés pleurer. Je ne pouvais plus hurler tellement la douleur était grande. J’avais frappé avec mon sabot cassé. Je me mordis la lèvre jusqu’au sang, seule partie molle de mon corps. Je posai ma tête contre l’arbre et pleurai à demi de rage et à demi de désespoir. Je savais par cette aile manquante que je ne pourrais plus jamais voler de ma vie.

Il me fallut quelques minutes avant que de réaliser que je risquais de mourir rapidement avec tout ce sang perdu. Ça serait bête après tout ça.

Je saisis une écorce solide qui flottait non loin et une liane. Je m’en fis une attelle de fortune puis pris quelques algues et me les serrai autour de ma plaie en serrant avec les crocs. Elles avaient un goût ignoble. Puis, m’asseyant de nouveau, et cette fois-ci plus calmement, j’essayai de réfléchir.

« Comment j’ai atterri ici… »

Je veux dire, je me souvenais de l’attaque de Canterlot et tout et tout, mais je ne me souvenais pas de comment on avait été vaincus. Une bribe de mémoire me revint pourtant. Je vis Oak accrocher mon sabot de toutes ses forces me hurlant de tenir… puis… plus rien… j’espérai que ça me revienne rapidement en tête mais en vain. Le choc avait dû être rude à mon arrivée.

Le sillons que mes larmes avaient faits sur mes joues avaient presque disparu quand je ressentis le besoin de « manger ». Ce terme pouvait être pris à confusion, mais je devais absorber un peu d’amour, sans quoi je ne survivrais pas très longtemps. Je commençai alors à m’avancer dans l’épaisse frondaison.

Ça ne sentait pas plus mauvais que dans ma ruche. Et puis c’était déjà plus accueillant. Je me mis à rire sardoniquement, les dents serrées.

« Ha haha… Chrysalis, mais quelle conne tu es… je t’avais prévenue que c’était stupide. T’as qu’à écouter ceux qui te servent… »

Même si Chrysalis était ma mère, comme tous les changelings d’ailleurs, je la détestais de tout mon être. Elle avait osé me bannir la semaine avant l’invasion soi-disant que je la gênais.

« Pff elle m’aurait écouté on n’en serait pas là. »

Un bruit attira soudain mon attention, me mettant en position de chasse. Même si j’avais été banni, ça m’avait permis d’apprendre à chasser et ainsi mieux me débrouiller seul. Je me cachai dans un buisson et arrêtai de respirer.

Un pégase mauve entra dans la clairière. Il avait un sac en osier accroché aux flancs où on pouvait voir quelques grenouilles sauter à la recherche d’une issue. Il avait un chapeau aussi d’osier et un filet. Sans aucun doute un poney raffolant de cuisses de grenouilles.

Cette opportunité était juste trop belle. Je remerciai en silence la nature qui nous avait fait aussi sombres et je m’approchai. L’étalon n’entendit qu’un bref coup de feuille. Quand il se retourna, ma corne toucha pile sa tête et il en lâcha son filet des dents. Son corps commença à avoir des spasme, puis des convulsions avant de s’écrouler. Un filet de magie reliait toujours ma corne et sa tête, m’indiquant qu’il lui restait encore un peu d’amour. Mais je surveillais autre chose. Sa Cutie Mark. Je savais d’expérience que si elle commençait mollement à clignoter, c’est que sa fin arrivait. Je m’arrêtai donc là afin de lui lasser la vie sauve. Il respirait faiblement et semblait dormir mais en plus violent.

Pendant ce temps je réfléchissais à ce que j’avais ingéré. Son amour, sans goût comme toutes les fois, s’arrêtait à une personne que je devinai être sa femme. Mais il y en avait quand même assez pour me permettre de tenir jusqu’à demain.

Je m’assis à côté de lui, conscient qu’il ne se réveillerait pas avant une bonne heure ou plus. Je soufflai en silence en regardant le corps.

« J’espère qu’il n’a pas compris que c’était un changeling qui lui avait fait ça. Sinon j’aurais encore droit à la chasse et Célestia seule sait si j’y survivrai… »

J’ouvris de très grands yeux ronds. J’avais dit quoi ? C’était la première fois que je jurais de cette façon. Ça veut peut-être dire…

« Que ça déteint quand même sur moi au final… mais d’une façon que je ne soupçonnais pas… »

J’étais en quête de la découverte de l’amour depuis que j’avais appris à me nourrir. Les autres n’avaient jamais eu le même centre d’intérêt que moi et m’en avaient fait baver pendant mes 18 premières années de vie. Mais au pire je m’en fichais.

Une petite voix dans ma tête me demanda « Et on fait quoi maintenant ? ». Je lui répondis avec un haussement d’épaules perdu. Même en me transformant en pégase je ne retrouverais pas l’aile perdue. Donc je devais tout me taper à pied. Un vrai régal… Je fis la grimace et regardai ma patte cassée.

« J’espère que tu guériras vite toi… »

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